THEOLOGIE CATHOLIQUE.16 fiches gratuites à télécharger. l'essentiel de la THEOLOGIE DOGMATIQUE



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"Un tiers de l'humanité est chrétienne"

          (in Le Figaro,
Jean-Marie Guénois, 23/12/2011)


Une étude américaine [télécharger] met en évidence le tassement du christianisme occidental et son expansion dans les pays du Sud. Il demeure de loin la première religion mondiale.

Le christianisme est de loin la première religion du monde. Il regroupe dans ses trois grandes confessions (catholique, orthodoxe et protestante) 2,184 milliards d'individus, soit plus d'un tiers de l'humanité, 31,7% précisément. L'islam arrive en seconde position, avec 1,619 milliard de fidèles, soit un peu moins d'un quart de la population mondiale qui est de 7 milliards. Mais l'un des intérêts majeurs de l'étude publiée cette semaine à Washington par The Pew Forum on Religion & Public Life, un centre de recherche américain, est de démontrer que, sur un siècle, la population chrétienne a certes triplé - au rythme d'ailleurs de la population mondiale -, mais elle a surtout opéré un glissement démographique vers le Sud.

S'il y a encore aujourd'hui 69% de chrétiens dans le Nord (selon le découpage particulier de cette enquête: Amérique du Nord, Europe, Australie, Japon et Nouvelle-Zélande), ils sont maintenant 23,5% dans le Sud (entendez le reste du monde). Mais en 1910 les chrétiens n'étaient que 9,2% dans cette zone Sud du monde et 86,7% dans la zone Nord.

Une dynamique qui va se confirmer au fil des décennies à venir même si la notion de christianisme, qui inclut l'orthodoxie russe et les mouvements évangéliques également en expansion en Europe, gardera toujours sa forte assise dans ce que cette étude appelle «le Nord».

Cette Europe où vivent 26% des chrétiens quand 37% résident sur le continent américain, 13% en Asie et dans le Pacifique et… 24% en Afrique subsaharienne. Mais c'est sur le continent africain que se joue une large part de la dynamique du futur, notamment vis-à-vis de l'islam (lire ci-dessous). En 1910, l'Afrique subsaharienne comptait 9% de chrétiens, ils sont huit fois plus un siècle plus tard, soit 63% de la population! Aucune autre région du monde n'a connu une telle expansion. À titre de comparaison, les chrétiens en Asie sont passés de 3 à 7% sur cette même période.

Divisions

De même il est remarquable d'observer que les terres qui ont vu naître et se développer le christianisme pendant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne, le Proche-Orient et la Turquie mais aussi l'Afrique du Nord, sont aujourd'hui les zones du monde où cette religion est la moins représentée à l'exception de certaines zones d'Asie. On compte en effet sur cet arc Est et Sud méditerranéen environ 13 millions de chrétiens, soit moins de 4% de la population. Et il est à prévoir que cette proportion diminue encore en raison de la situation politique peu favorable, le cas irakien est emblématique, et de la forte pression de l'islamisme. Il y a en revanche plus de chrétiens en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, que dans toute cette zone du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord…

Seulement 10% des chrétiens dans le monde vivent d'ailleurs en situation de minoritaires. Mais l'écrasante majorité, 9 sur 10, vit des situations de majoritaires dans 158 pays. Vu sous un autre angle, ce tiers chrétien de la population mondiale est majoritaire sur les deux tiers des pays et territoires du monde.

Mais cette notion de majorité chrétienne, soulignée par l'enquête, reste très théorique tant cette religion est divisée en confessions qui ne parviennent pas à s'entendre.

Les catholiques, avec 1 milliard et 100 millions de fidèles selon cette source, représentent la moitié des chrétiens du monde quand les protestants, toutes dénominations confondues forment 37% et les orthodoxes 12%. Mais le glissement progressif vers le Sud du christianisme offre des surprises étonnantes comme celle de voir par exemple le Nigeria compter aujourd'hui deux fois plus de protestants que… l'Allemagne, qui est pourtant la terre de naissance de cette confession fondée par Martin Luther.

Autre paradoxe mis en évidence dans cette passionnante enquête disponible en anglais sur le site www.pewforum.org, le fait que le Brésil compte maintenant deux fois plus de catholiques que l'Italie même si chaque année une partie des 134 millions de catholiques brésiliens, 67% de la population, rejoint les Églises évangéliques.

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  Pourquoi St Joseph est-il un modèle pour les pretres ?

Je l’avoue, je n’avais jamais eu aucune espèce de sympathie particulière pour Saint Joseph !
L’évidence de Dieu comme « Père » a été tellement forte pour moi depuis l’enfance – sa forte présence, sa tendresse, sa bonté – que je ne voyais vraiment pas l’utilité de prier Saint Joseph, son « ombre »… !
Bien sûr, je n’avais rien « contre lui » en particulier (les amis de mes amis étant mes amis !). Il me semblait simplement… « en trop », faisant tapisserie entre le bœuf et l’âne, silencieux, embarrassé et maladroit …
Je ne voyais pas vraiment son rôle dans l’Eglise aujourd’hui.
Enfin, je ne pouvais non plus me résoudre à le prier pour des besoins matériels : j’aurais été bien hypocrite de le déranger pour cela, alors que la plupart du temps, je ne lui adressais pas la parole. Qu’aurait-il pensé de moi ?! A juste titre.

J’ai été « contraint » il y a quelques mois à le prier cependant, car « on m’avait demandé » …
Et en le priant, j’ai compris qu’il y avait en lui une dimension très fortement … « sacerdotale » ! Pères de familles, ne soyez pas offensés : je m’explique… Saint Joseph est celui qui a été appelé par Dieu à protéger Sa fragile Présence sur Terre dans l’Enfant Jésus, comme les prêtres sont appelés à protéger et permettre la fragile Présence de Jésus sur Terre dans l’hostie (et dans les cœurs des fidèles qui la reçoivent et en vivent).

Saint Joseph est donc pour les prêtres aussi un modèle, et une aide exemplaire.
Pour les pères de familles, c’est évident. Il est l’Epoux et le Père modèle. Il est celui qui peut les aider à protéger la présence du Christ au sein de leur famille.
Eh bien de même pour les prêtres, Saint Joseph sait ce que signifie protéger la fragile Présence du Seigneur sur Terre : il l’a fait, protégeant le tout petit Enfant Jésus, accueillant sa mère, la toute jeune Marie. Il lui a donné – à elle et à l’Enfant - sécurité, famille (sans lui, Marie aurait été répudiée…), protection (la grotte de la Nativité, la fuite en Egypte, la maison de Nazareth, etc…).
Le prêtre, à l’image de Joseph, protège la Présence du Christ au milieu « des siens » (Jn 1,11). Cette Présence est toujours bien réelle et fragile, sacramentelle maintenant, dans son Corps et son Sang, sa Personne. Le prêtre est le gardien de cette Présence : malgré toute sa pauvreté d’homme, il La permet (Dieu l’a voulu ainsi). Il La protège, à l’école de Saint Joseph, et La présente à ce monde qui en a tant besoin.

Comme le prêtre, Joseph est appelé par le Père à servir son Fils sur Terre. On peut imaginer, pour Joseph, le tendre regard du Père parcourant un par un tous les hommes justes d’Israël, « cherchant celui dont le cœur est tout entier tourné vers Lui » (2 Ch. 16,9). Et son attention s’est arrêtée à Nazareth, sur le charpentier, Joseph.

Mettons-nous alors à son école.
Quel fut le regard de Joseph, au matin de la Nativité, devant l’Enfant et sa Mère ? Mettons-nous à sa place. Que comprenait-il vraiment à un si grand Mystère ? Marie, elle, était soutenue par la grâce de son Immaculée Conception, recevant ainsi la Foi et la Paix dont elle avait besoin. Heureusement ! Comment, sans cette grâce de l’Immaculée Conception, une toute jeune femme aurait-elle pu vivre un tel Mystère – porter son Créateur dans son sein – sans en être complément traumatisée ? Imaginez…
Mais pour Joseph, pas d’immaculé conception ! Je pense alors qu’il avait les yeux fixé sur Marie, se laissant dicter par elle ses paroles, ses gestes, sa conduite face à l’Enfant. C’est certainement ce que nous aurions fait, non ?
A l’image de Joseph, le prêtre reçoit à l’école de Marie son effacement, sa douceur, sa chasteté. La chasteté, c’est le respect de l’altérité de l’autre, c’est l’effacement devant son mystère. Voilà pourquoi elle est si importante au prêtre lorsqu’il monte à l’Autel : il s’efface devant le Mystère qui va descendre entre ses mains. Sans chasteté, il fait son show… Chaste, il s’efface dans l’ombre de l’Autel, pour laisser toute la place sur Celui qui se présente comme étant la Lumière de ce monde. Effacé et si attentif dans l’ombre de la grotte de Bethléem, Joseph est le chaste, par excellence ;
Il est aussi l’homme le plus humble que la terre ait porté. Et là encore, combien nous, prêtres, avons à apprendre de lui… ! Le saviez-vous, à l’ordination sacerdotale est attachée une grâce de « service ». Mais dès la fin de la messe d’ordination, tout semble être fait pour faire oublier au pauvre jeune prêtre qu’il est… serviteur : on lui donne la première place en toute occasion, il va devenir centre de toute attention, on le regarde comme une créature semi-angélique, on l’appelle « mon père », on boit ses paroles, on se signe ou s’agenouille devant lui, et on embrasse même parfois ses mains… Toute l’Eglise fidèle et bonne semble ramer dans le sens contraire à la grâce reçue, et baisser les yeux devant le mystère qui nous habite. Quel pouvoir, pour… un serviteur ! Bref, là encore, nous, pauvres prêtres, avons bien besoin de revenir souvent à l’exemple de l’humble Joseph.

Bien sûr, toutes ces qualités sont liées : humble, il est chaste. Force et Tendresse trouvent alors leur lieu en lui, et dès lors, il peut vraiment protéger la fragile présence de Jésus sur Terre. Enfin, Joseph sort de l’Evangile dans l’ombre, avant le début du ministère public de Jésus ; et là encore, le prêtre disparaît pour laisser le Christ seul agir…

Prions-le alors. Priez-le pour vos prêtres : vous ne le regretterez pas, et nous non plus !

Prière des prêtres à St joseph, au moment de monter à l’Autel

Joseph, toi qui a protégé la fragile Présence du Christ sur Terre,
Je te consacre mes mains au moment de monter à l’autel.
Garde-les pures et fortes, pour bénir, consacrer et protéger.

Joseph, toi qui a contemplé la Beauté de l’Enfant Dieu,
Je te consacre mes yeux au moment de monter à l’autel,
Garde-les clairs et lumineux, de la lumière du Mystère que je vais célébrer.

Joseph, toi qui a reçu de Marie ta sagesse et ta tendresse,
Je te consacre mon cœur au moment de monter à l’autel
Garde-le chaste, bon et courageux, pour offrir à ce monde l’amour du Père.

p.nathanael pujos +


     



 

Extrait du Catéchisme pour Adultes de la Conférence Episcopale allemande :

        La profession de foi au Dieu trinitaire est un profond mystère, qu’aucun esprit créé ne peut découvrir par lui-même ni comprendre parfaitement. C’est le mystère d’un amour insondable et débordant : Dieu n’est pas un être solitaire, mais un Dieu qui, dans la surabondance de son être, se donne et se communique ; un Dieu qui vit dans la communion du Père, du Fils et de l’Esprit, et qui, par conséquent, peut aussi offrir et fonder une communion. Parce qu’il est en lui-même vie et amour, il peut être pour nous vie et amour. Ainsi sommes-nous de toute éternité impliqués dans le mystère de Dieu. Il y a de toute éternité en Dieu une place pour l’homme. En définitive, la foi au Dieu trinitaire explicite l’affirmation « Dieu est amour » (1Jn4). Dieu, de toute éternité, est en lui-même vie et amour : c’est en cela que consiste son bonheur, et c’est ce qui, au milieu d’un monde de mort et de haine, fonde notre espérance humaine. Nous savons par la foi que la réalité suprême est vie et amour, et que, par Jésus Christ, il nous est donné de participer dans le Saint Esprit à cette réalité.


 




    > Voici un article paru dans Le Figaro du 15 septembre 2008, sur le voyage du pape en France, et la bêtise de l'intelligentsia française. Excellent.

    La sérénité extraordinaire du petit homme en blanc


Auditrice attentive du discours de Benoît XVI au Collège des Bernardins, Chantal Delsol, philosophe, se dit frappée par la force qui se dégage de ce pape quand il rappelle ce que l'Europe doit au christianisme
.

          "Chaque fois qu'un pape visite la France, se déroule un scénario à peu près analogue : une bonne partie des médias vocifère, pendant qu'une foule de fidèles se mobilise. Aujourd'hui plus encore qu'au cours des derniers voyages de Jean-Paul II, c'est la différence des styles et des tons qui me frappe : hargne et sérénité.

          Des intellectuels et des politiques emplissent les pages de grands quotidiens d'une indignation véhémente : dénonciation d'une alliance du trône et de l'autel, comptabilité des millions d'euros arrachés aux fonds publics pour recevoir un individu qui n'est ni une vedette politique ni une vedette exotique (ah ! si c'était le dalaï-lama…), rappel obsessionnel des croisades, évocation des centaines d'églises chrétiennes pour lesquelles on n'engagerait pas le moindre de ces frais. En face, un petit homme en blanc s'avance dans une travée, environné de clameurs, sans ostentation ni gloire. Il est paisible. On sent dans sa démarche la persévérance et le sentiment que le chemin est long, mais que les forces ne manqueront pas. Il salue modestement. C'est un pèlerin, en somme. Un passant. Il parcourt le vieux monde, dont il constate sans aigreur ni acrimonie l'essoufflement, le vide, la dérision meurtrière. En sortant, il embrasse deux enfants et se retire dans sa voiture. Ses fidèles se regroupent en foules ferventes et gaies. Des jeunes chantent en latin. On leur a seriné sur l'air des lampions que c'était réac. Mais ils ne peuvent pas s'en empêcher, et les sermons médiatiques leur ont manifestement glissé dessus.

          Ce petit homme doté d'un grand cerveau (personne ne le nie), s'installe au micro devant un parterre composé du gratin parisien. Bien entendu, il sait exactement ce qu'on lui reproche. Mais il n'est ni un soldat (comme le pape précédent qui ressemblait à un partisan descendu des montagnes et, à l'époque, nous en avions bien besoin), ni un politicien. Point de polémique. Ni d'agressivité. Finaud. Il sait qui se trouve dans la salle : beaucoup de ces plumes qui ont en leur temps défendu le marxisme jusqu'à extinction des feux, et continuent, avec une mauvaise foi sartrienne, à identifier l'Église à son Inquisition ; beaucoup de ces gens qui combattent l'idée même de vérité et confondent la tolérance avec le relativisme, tiennent Dieu pour l'ennemi du genre humain et tentent de faire croire à leurs lecteurs naïfs que l'Europe n'a pas d'identité, sauf à devenir sectaire et fanatique. Il les salue d'un regard neutre, comme s'il allait donner une conférence sur la syntaxe de Balzac. Et leur sert un discours pédagogique de haute volée (adapté à leur capacité de compréhension, sous-entendu : vous ne pourrez pas arguer, comme vous le dites de Bush, que le pape est un crétin) sur la quête de Dieu. Sur le dieu inconnu de Paul, et sur la chaise vide de Dieu. Sur le fait qu'il ne s'agit pas seulement de chercher Dieu, mais de se laisser trouver par Dieu, sachant bien qu'il se trouve dans un pays où l'on repousse Dieu davantage qu'on l'ignore. Sur la liberté qui, si elle prétend signifier l'absence de liens, court à l'arbitraire ou au fanatisme (ce dernier mot est d'ailleurs le seul que les journaux parlés du soir ont retenu : enfin un terme polémique, ou qui peut paraître tel). Il évoque ces moines qui, en cherchant Dieu, ont fondé la culture occidentale. Et cela signifie, au deuxième degré, comme on parle à un morveux qui se targue de ne rien devoir à personne : que seriez-vous sans cette tradition sur laquelle vous crachez ? Vous n'auriez même pas de salive… Car c'est elle, cette tradition, qui vous a conféré la liberté de cracher. Le tout, dans un murmure, avec l'accent allemand qui rappelle notre Alsace, et paisiblement.

          Il sait bien qu'est assis dans la salle cet ancien président de la République sur l'insistance duquel l'Europe a évincé la mention des racines chrétiennes dans les textes fondamentaux. Il sait aussi que, dans ce pays, dès qu'on parle de l'identité d'une culture, on se voit accusé de vouloir la guerre entre civilisations. Il fait semblant d'ignorer tout cela. Il décrit comme un professeur ce lieu mystérieux d'où nous venons et qui nous a faits, ce lieu dont nous ne voulons pas. Il décrit cette identité avec une espèce de neutralité scientifique : c'est de l'histoire, tout de même, et nul ne peut effacer le passé. La frénésie négationniste, qui nous prétend sans héritage, apparaît ridicule.

          Les appels à la «vigilance» se multiplient pour défendre la laïcité menacée (je me méfie de cette «vigilance»-là qui n'est jamais vigile de soi et ne s'oppose qu'aux excès des autres). En effet : si la laïcité signifie bien exclure la religion de toute sphère publique afin qu'elle ne s'exprime que dans les consciences, c'est-à-dire dans les arrière-cuisines, cette laïcité typiquement française n'a plus beaucoup d'avenir. Et pour une seule raison : les catholiques ne sont plus complexés de l'être. Ils s'afficheront donc autant que d'autres religions et courants. La laïcité revancharde et hargneuse laissera place à une sécularisation de pays civilisés : une distinction de la croix et du glaive, non plus la suppression de la croix cette chaise vide de Dieu.

          Voici le message tranquille laissé par cette silhouette et cette voix modestes : nous existons. Nous existons plus loin que dans les arrière-cuisines et les consciences muettes. Nous influençons les gouvernants, nous offrons des modèles éducatifs, nous proposons un art de vivre et de penser. On ne pourra pas nous reléguer. Nous représentons l'institution la plus ancienne et la plus durable qui ait jamais existé dans l'histoire. Nous avons fait ce continent. Si les «vigilants» se réclament aujourd'hui des droits de l'homme, dont ils ne peuvent plus se passer, c'est bien parce que ces moines du XIIIe siècle ont suivi la trace d'un Dieu qui confirme la dignité humaine. L'Église a fondé non seulement ce que nous sommes, mais aussi ce qui nous reste lorsque nous ne voulons plus être rien.

          D'ailleurs, nous ne prétendons qu'à exister. Que les «vigilants» se rassurent : l'Église ne possède aucune puissance. Elle ne revendique que des légions d'anges, lesquelles ne menacent personne, et sûrement pas des incroyants, j'imagine. Cette impuissance me rassure autant qu'eux : on sait bien que l'Église comme n'importe quelle institution peut abuser de son pouvoir, transformer ses clercs en tyrans domestiques et politiques. J'aime cette Église désarmée, guettée par l'absentéisme, affaiblie, et portée par l'espérance plutôt que par la satisfaction. C'est bien ce désarmement qu'incarne aussi la frêle et humble silhouette.

          France de ce début de siècle. Un vieux pays dont les élites pour une bonne part haïssent le catholicisme, et dont une partie du peuple retrouve des racines religieuses dont elle estime avoir besoin pour donner sens à sa vie. Ce jeune salarié s'assied dans le métro le vendredi matin et y trouve un journal gratuit qui lui serine encore la chanson commune : ton argent va au gaspillage pour recevoir un pape, pauvre plouc ! Il lit attentivement ces pantalonnades, puis le lendemain se lève à six heures pour avoir sa place aux Invalides, et apercevoir la calotte blanche du pèlerin inopportun".